Un « monstre » de graisse de 100 tonnes et 100 mètres découvert dans les égouts

Vous imaginez descendre dans les égouts et tomber nez à nez avec un « monstre » de graisse long comme un terrain de foot et lourd comme un avion ? C’est pourtant ce qui vient d’être découvert à Londres. Et, oui, ce géant visqueux vient en grande partie… de ce que nous jetons dans nos éviers et nos toilettes.

Un « fatberg », c’est quoi exactement ?

Le mot peut faire sourire, la réalité beaucoup moins. Un fatberg est un énorme bouchon qui se forme dans les égouts. Il est composé de graisses, d’huiles, de lingettes et de tous ces déchets qui ne devraient jamais finir dans les canalisations.

Dans le quartier de Whitechapel, à Londres, les ingénieurs ont découvert un nouveau mastodonte : environ 100 tonnes et près de 100 mètres de long. Un bloc compact, collant, très difficile à casser. Il s’accroche aux parois des tuyaux, grossit peu à peu, et finit par tout bloquer.

Ce phénomène n’est pas isolé. Londres a déjà connu un record en 2017 dans le même quartier, avec un bouchon de graisse d’environ 130 tonnes pour plus de 250 mètres. Il avait fallu utiliser de puissants jets d’eau à haute pression pendant des jours pour en venir à bout.

Comment un monstre de graisse naît dans vos canalisations

La scène se joue dans des milliers de cuisines et de salles de bains, tous les jours. Un reste d’huile dans la poêle, un jus de viande, un peu de sauce. Un réflexe simple : tout verser dans l’évier. Puis ajouter de l’eau chaude, en pensant que cela « fera partir » la graisse.

En réalité, c’est l’inverse qui se produit. Dans les canalisations, la graisse se refroidit. Elle durcit. Elle colle aux parois des tuyaux comme une couche de bougie. Par-dessus viennent se fixer lingettes, mouchoirs, serviettes hygiéniques, parfois même des protections pour bébé ou des cotons démaquillants.

Petit à petit, on crée un bloc. Une sorte de rocher graisseux. Un seul geste ne suffit pas à former un fatberg. Mais des milliers de petits gestes identiques, répétés chaque jour par toute une ville, finissent par produire un monstre de graisse, cent mètres plus loin sous vos pieds.

Pourquoi ce fatberg tombe mal en période de fêtes

La période de Noël et du Nouvel An est idéale… pour les fatbergs. Les repas sont plus riches, les graisses coulent à flot : dinde, sauces, crèmes, desserts. La tentation est grande de tout rincer vite fait dans l’évier pour débarrasser la table.

Les entreprises de traitement des eaux le constatent chaque année. À cette période, la pression sur les égouts est maximale. Les canalisations reçoivent plus de graisses, plus de lingettes, plus de déchets. C’est comme si toute une ville appuyait en même temps sur le bouton « surcharge ».

Une enquête menée au Royaume-Uni a montré qu’environ 4 foyers sur 10 jettent encore des jus de viande, des sauces et des graisses directement dans l’évier. Quand on imagine ce chiffre à l’échelle de millions d’habitants, on comprend vite d’où viennent ces masses géantes.

Les conséquences cachées sous nos rues

Un fatberg n’est pas qu’une curiosité pour ingénieurs. C’est un problème très concret pour les habitants. Quand un bouchon de ce type se forme, il peut finir par bloquer complètement une canalisation.

Résultat : les eaux usées n’avancent plus. Elles remontent. Elles peuvent ressortir par les toilettes ou les évacuations de douche au rez-de-chaussée. Cela provoque des inondations d’eaux sales dans les maisons, les caves et les appartements.

Pour les compagnies des eaux, le coût est énorme. Il faut envoyer des équipes, des camions, du matériel spécialisé. Le prix des opérations de nettoyage et de réparation se chiffre chaque année en dizaines de millions de livres. Et, au final, ce sont les usagers qui paient sur leurs factures.

Il y a aussi l’impact environnemental. Quand les égouts débordent, des eaux polluées peuvent se déverser dans les rivières, les parcs ou les rues. Cela touche directement la qualité de vie des habitants.

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Ce qu’il ne faut jamais jeter dans l’évier ou les toilettes

La bonne nouvelle, c’est que ce monstre de graisse ne naît pas tout seul. Il dépend de nos gestes. Et donc, on peut l’empêcher d’apparaître. Pour cela, il suffit déjà de connaître les grands coupables.

À ne jamais jeter dans l’évier :

  • Huiles de cuisson (huile de friture, huile de poêle, graisse de viande)
  • Sauces grasses (sauce de rôti, crème, crème anglaise, sauces au fromage)
  • Beurre fondu, margarine, graisse de canard ou d’oie
  • Restes de soupe très grasses ou bouillons chargés en graisse

À ne jamais jeter dans les toilettes :

  • Lingettes, même si l’emballage indique « biodégradable » ou « jetable dans les WC »
  • Mouchoirs en papier, essuie-tout, serviettes en papier
  • Cotons démaquillants, disques en coton, bâtonnets ouatés
  • Serviettes hygiéniques, tampons, couches
  • Cheveux et poils

Les toilettes ne sont pas une poubelle. Elles sont conçues pour recevoir uniquement les urines, les selles et du papier toilette. Rien d’autre.

Que faire de la graisse de cuisson : un geste simple, très utile

Il est possible de cuisiner des plats généreux, tout en protégeant les égouts. Il suffit de changer un peu ses habitudes. Voici quelques méthodes très simples à mettre en place chez vous.

Méthode 1 : laisser refroidir et jeter à la poubelle

Après la cuisson, versez la graisse chaude dans un récipient résistant à la chaleur, par exemple :

  • Un bocal en verre vide d’environ 300 ml
  • Une boîte métallique propre de 400 ml

Laissez refroidir. La graisse va durcir. Une fois le récipient plein, fermez-le bien et jetez-le avec les ordures ménagères, ou dans une filière spécifique si votre commune collecte les huiles.

Méthode 2 : absorber la graisse avant de laver

Pour les petites quantités, par exemple le fond d’une poêle :

  • Disposez 2 à 3 feuilles d’essuie-tout au fond de la poêle encore tiède
  • Laissez le papier absorber l’huile pendant 1 à 2 minutes
  • Jetez ensuite le papier imbibé à la poubelle

Vous pouvez ensuite laver votre poêle. L’évier recevra seulement un peu de savon et d’eau, pas de graisse concentrée.

Petit « kit anti-fatberg » à la maison

Pour rendre tout cela encore plus facile, vous pouvez préparer un petit kit près de votre évier :

  • Un bocal dédié aux graisses (capacité 300 à 500 ml)
  • Un petit entonnoir, si vous cuisinez souvent à l’huile
  • Un rouleau d’essuie-tout ou quelques vieux journaux pour absorber le gras

Quand tout est à portée de main, le bon geste devient presque automatique.

Comment reconnaître qu’un égout commence à souffrir

Les canalisations donnent parfois des signes avant-coureurs. Mieux vaut les repérer tôt, avant qu’un bouchon sérieux ne se forme. Quelques signaux à ne pas ignorer :

  • Écoulement très lent dans l’évier ou la douche
  • Glouglous étranges dans les tuyaux après avoir tiré la chasse d’eau
  • Odeurs désagréables remontant du siphon
  • Refoulements d’eau sale dans la douche ou le lavabo

Si ces symptômes apparaissent souvent, surtout dans les logements en rez-de-chaussée, cela peut indiquer un problème plus loin dans le réseau collectif. Dans ce cas, il est important de prévenir rapidement le syndic, la commune ou la compagnie des eaux.

Un problème collectif, une solution entre vos mains

Ce « monstre » de graisse découvert à Londres impressionne par sa taille. Mais ce qui frappe le plus, c’est de savoir qu’il vient de milliers de petits gestes anodins. Un peu d’huile par-ci, une lingette par-là. Rien de spectaculaire, mais tout s’additionne.

À l’inverse, chaque geste de protection compte aussi. Ne pas jeter ses graisses dans l’évier. Placer ses lingettes à la poubelle. Apprendre aux enfants et aux proches quelles sont les bonnes habitudes. Ces gestes ont l’air minuscules. Pourtant, ce sont eux qui peuvent empêcher la naissance du prochain fatberg de 100 tonnes.

Alors, la prochaine fois que vous cuisinez un bon plat, prenez quelques secondes avant de vider la poêle. Ce petit moment de réflexion peut éviter des inondations, des travaux coûteux et des dégâts pour l’environnement. Sous nos pieds, les égouts travaillent en silence. À nous de les aider à rester fluides.

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Auteur/autrice

  • Un « monstre » de graisse de 100 tonnes et 100 mètres découvert dans les égouts

    Emma Delaunay est une experte en gastronomie. Forte d’une solide expérience dans la rédaction d’articles culinaires et l’analyse des tendances alimentaires, elle déniche pour LaPignata les dernières actualités et partage astuces et analyses gourmandes pour valoriser chaque plat dans les moteurs de recherche.

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