Physical Address
304 North Cardinal St.
Dorchester Center, MA 02124
Physical Address
304 North Cardinal St.
Dorchester Center, MA 02124

Vous imaginez descendre dans les égouts et tomber nez à nez avec un « monstre » de graisse long comme un terrain de foot et lourd comme un avion ? C’est pourtant ce qui vient d’être découvert à Londres. Et, oui, ce géant visqueux vient en grande partie… de ce que nous jetons dans nos éviers et nos toilettes.
Le mot peut faire sourire, la réalité beaucoup moins. Un fatberg est un énorme bouchon qui se forme dans les égouts. Il est composé de graisses, d’huiles, de lingettes et de tous ces déchets qui ne devraient jamais finir dans les canalisations.
Dans le quartier de Whitechapel, à Londres, les ingénieurs ont découvert un nouveau mastodonte : environ 100 tonnes et près de 100 mètres de long. Un bloc compact, collant, très difficile à casser. Il s’accroche aux parois des tuyaux, grossit peu à peu, et finit par tout bloquer.
Ce phénomène n’est pas isolé. Londres a déjà connu un record en 2017 dans le même quartier, avec un bouchon de graisse d’environ 130 tonnes pour plus de 250 mètres. Il avait fallu utiliser de puissants jets d’eau à haute pression pendant des jours pour en venir à bout.
La scène se joue dans des milliers de cuisines et de salles de bains, tous les jours. Un reste d’huile dans la poêle, un jus de viande, un peu de sauce. Un réflexe simple : tout verser dans l’évier. Puis ajouter de l’eau chaude, en pensant que cela « fera partir » la graisse.
En réalité, c’est l’inverse qui se produit. Dans les canalisations, la graisse se refroidit. Elle durcit. Elle colle aux parois des tuyaux comme une couche de bougie. Par-dessus viennent se fixer lingettes, mouchoirs, serviettes hygiéniques, parfois même des protections pour bébé ou des cotons démaquillants.
Petit à petit, on crée un bloc. Une sorte de rocher graisseux. Un seul geste ne suffit pas à former un fatberg. Mais des milliers de petits gestes identiques, répétés chaque jour par toute une ville, finissent par produire un monstre de graisse, cent mètres plus loin sous vos pieds.
La période de Noël et du Nouvel An est idéale… pour les fatbergs. Les repas sont plus riches, les graisses coulent à flot : dinde, sauces, crèmes, desserts. La tentation est grande de tout rincer vite fait dans l’évier pour débarrasser la table.
Les entreprises de traitement des eaux le constatent chaque année. À cette période, la pression sur les égouts est maximale. Les canalisations reçoivent plus de graisses, plus de lingettes, plus de déchets. C’est comme si toute une ville appuyait en même temps sur le bouton « surcharge ».
Une enquête menée au Royaume-Uni a montré qu’environ 4 foyers sur 10 jettent encore des jus de viande, des sauces et des graisses directement dans l’évier. Quand on imagine ce chiffre à l’échelle de millions d’habitants, on comprend vite d’où viennent ces masses géantes.
Un fatberg n’est pas qu’une curiosité pour ingénieurs. C’est un problème très concret pour les habitants. Quand un bouchon de ce type se forme, il peut finir par bloquer complètement une canalisation.
Résultat : les eaux usées n’avancent plus. Elles remontent. Elles peuvent ressortir par les toilettes ou les évacuations de douche au rez-de-chaussée. Cela provoque des inondations d’eaux sales dans les maisons, les caves et les appartements.
Pour les compagnies des eaux, le coût est énorme. Il faut envoyer des équipes, des camions, du matériel spécialisé. Le prix des opérations de nettoyage et de réparation se chiffre chaque année en dizaines de millions de livres. Et, au final, ce sont les usagers qui paient sur leurs factures.
Il y a aussi l’impact environnemental. Quand les égouts débordent, des eaux polluées peuvent se déverser dans les rivières, les parcs ou les rues. Cela touche directement la qualité de vie des habitants.
La bonne nouvelle, c’est que ce monstre de graisse ne naît pas tout seul. Il dépend de nos gestes. Et donc, on peut l’empêcher d’apparaître. Pour cela, il suffit déjà de connaître les grands coupables.
À ne jamais jeter dans l’évier :
À ne jamais jeter dans les toilettes :
Les toilettes ne sont pas une poubelle. Elles sont conçues pour recevoir uniquement les urines, les selles et du papier toilette. Rien d’autre.
Il est possible de cuisiner des plats généreux, tout en protégeant les égouts. Il suffit de changer un peu ses habitudes. Voici quelques méthodes très simples à mettre en place chez vous.
Après la cuisson, versez la graisse chaude dans un récipient résistant à la chaleur, par exemple :
Laissez refroidir. La graisse va durcir. Une fois le récipient plein, fermez-le bien et jetez-le avec les ordures ménagères, ou dans une filière spécifique si votre commune collecte les huiles.
Pour les petites quantités, par exemple le fond d’une poêle :
Vous pouvez ensuite laver votre poêle. L’évier recevra seulement un peu de savon et d’eau, pas de graisse concentrée.
Pour rendre tout cela encore plus facile, vous pouvez préparer un petit kit près de votre évier :
Quand tout est à portée de main, le bon geste devient presque automatique.
Les canalisations donnent parfois des signes avant-coureurs. Mieux vaut les repérer tôt, avant qu’un bouchon sérieux ne se forme. Quelques signaux à ne pas ignorer :
Si ces symptômes apparaissent souvent, surtout dans les logements en rez-de-chaussée, cela peut indiquer un problème plus loin dans le réseau collectif. Dans ce cas, il est important de prévenir rapidement le syndic, la commune ou la compagnie des eaux.
Ce « monstre » de graisse découvert à Londres impressionne par sa taille. Mais ce qui frappe le plus, c’est de savoir qu’il vient de milliers de petits gestes anodins. Un peu d’huile par-ci, une lingette par-là. Rien de spectaculaire, mais tout s’additionne.
À l’inverse, chaque geste de protection compte aussi. Ne pas jeter ses graisses dans l’évier. Placer ses lingettes à la poubelle. Apprendre aux enfants et aux proches quelles sont les bonnes habitudes. Ces gestes ont l’air minuscules. Pourtant, ce sont eux qui peuvent empêcher la naissance du prochain fatberg de 100 tonnes.
Alors, la prochaine fois que vous cuisinez un bon plat, prenez quelques secondes avant de vider la poêle. Ce petit moment de réflexion peut éviter des inondations, des travaux coûteux et des dégâts pour l’environnement. Sous nos pieds, les égouts travaillent en silence. À nous de les aider à rester fluides.