« La France a besoin d’eux » : Glenn Viel, Jacques Marcon, Marc Veyrat… ces grands chefs soutiennent les agriculteurs

Des toques blanches, des bottes pleines de boue, un même combat. Quand des chefs comme Glenn Viel, Jacques Marcon ou Marc Veyrat prennent publiquement la défense des agriculteurs, quelque chose se passe. Ce n’est plus seulement une question de politique agricole. C’est l’avenir de ce que vous avez dans votre assiette, chaque jour, qui est en jeu.

Pourquoi les grands chefs montent au front pour les agriculteurs

Voir des chefs triplement étoilés défiler aux côtés d’éleveurs en colère, cela surprend. Pourtant, le lien entre eux est évident. Sans agriculture française, pas de grande cuisine française.

Marc Veyrat le rappelle avec force. Il vient d’une famille de paysans. Pour lui, ce qui se joue aujourd’hui, ce n’est pas seulement un débat technique. C’est la survie d’un modèle. Il parle de colère, de sentiment d’injustice. Il estime que l’agriculture est un fleuron national, un des derniers domaines où la France brille encore dans le monde.

Les chefs, même les plus médiatisés, restent dépendants d’un réseau discret mais essentiel. Des éleveurs, des maraîchers, des producteurs de lait, de fromages, de céréales. Quand ces maillons craquent, toute la chaîne alimentaire tremble.

Dermatose nodulaire contagieuse, abattages et incompréhension

Au cœur de la colère actuelle, il y a notamment la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), une maladie virale qui touche les bovins. Elle entraîne des lésions cutanées, une baisse de production. Elle inquiète, à juste titre.

Mais ce qui révolte beaucoup d’éleveurs, ce sont les politiques d’abattage systématique imposées dans certains cas. Tout un troupeau peut être condamné. Des années de travail, de sélection, de soins, rayées en quelques jours. Pour des familles d’agriculteurs déjà fragiles économiquement, c’est un choc violent.

Jacques Marcon parle de “vraie inquiétude”. Il s’inquiète de voir un monde rural déjà en difficulté devoir faire face à des décisions vécues comme brutales, peu concertées. Pour soutenir ses amis paysans, il est même descendu manifester au Puy-en-Velay, pour la première fois de sa vie. Ce geste symbolique en dit long.

Le Mercosur, un accord qui fait peur aux campagnes

L’autre grand sujet qui crispe, c’est l’accord de libre-échange avec le Mercosur. Derrière ce mot un peu froid, il y a une crainte très concrète pour beaucoup d’agriculteurs français.

Importer en masse des viandes produites en Amérique du Sud à des coûts plus bas, avec des normes sanitaires ou environnementales parfois moins strictes, met une pression énorme sur les éleveurs français. Comment rivaliser sur le prix, quand on investit dans le bien-être animal, l’environnement, la traçabilité?

Les chefs s’alarment de cette logique. Jacques Marcon dénonce une agriculture sacrifiée au nom du libéralisme. Il critique une vision où l’on regarde d’abord le prix au kilo, et seulement ensuite la santé, l’impact écologique, ou la souveraineté alimentaire. Pour lui, la France prend un risque. Celui de ne plus maîtriser ce qu’elle mange.

“La France a besoin d’eux” : un cri d’alarme signé Glenn Viel

Glenn Viel, à la tête de l’Oustau de Baumanière, résume la situation avec une phrase forte. “La France a besoin d’eux”. “Eux”, ce sont les agriculteurs, ceux qui se lèvent avant le jour et finissent souvent après la nuit.

Il parle de travailleurs du matin au soir, qui gagnent peu. Qui nourrissent pourtant le pays. Il ressent leur désarroi et leurs doutes. Il a l’impression qu’ils ne sont pas vraiment entendus. Il appelle à “remettre l’église au milieu du village”. En clair, à remettre l’agriculture au centre des priorités.

Et il pose une question qui nous concerne tous. Tout le monde veut manger une viande de qualité, produite près de chez soi, avec des pratiques responsables. Mais, honnêtement, est-ce que chacun a les moyens financiers de la payer? Ce décalage entre ce que l’on souhaite et ce que l’on peut s’offrir est au cœur du problème.

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Sans agriculteurs, plus de grande cuisine

Pour ces chefs, la question n’est pas seulement sociale ou politique. Elle est aussi professionnelle. Ils le disent sans détour. Si les agriculteurs disparaissent, si les petites exploitations ferment, ils perdent la base même de leur cuisine.

Un grand restaurant ne se construit pas seulement sur un talent de cuisinier. Il repose sur un réseau de producteurs locaux. Le beurre fermier d’un petit village. Le bœuf d’un éleveur passionné. Les légumes d’un maraîcher qui connaît chaque parcelle de sa terre.

Marc Veyrat le résume à sa manière. Les chefs vont être “en perte de vitesse” si les agriculteurs ne suivent plus. Il appelle ses collègues à se mobiliser davantage. À sortir de leurs cuisines, à prendre position, à soutenir concrètement ceux qui font la base de leur métier.

Et vous, dans tout cela, que pouvez-vous faire?

C’est facile de se sentir impuissant devant ces enjeux. Libre-échange, normes sanitaires, accords internationaux. Tout cela paraît loin de votre panier de courses. Pourtant, vos choix comptent.

Vous pouvez, par exemple, privilégier plus souvent des produits français, identifiés, traçables. Soutenir les circuits courts. Aller au marché, discuter avec les producteurs. Accepter parfois de consommer un peu moins, mais mieux. Même à petite échelle, ce geste répété peut faire une différence.

Vous pouvez aussi rester informé. Comprendre pourquoi des agriculteurs bloquent une route. Pourquoi des chefs étoilés sortent de leur réserve médiatique. Et, quand vous voyez un prix étonnamment bas sur de la viande importée, vous demander calmement : qui paie vraiment la différence?

Vers une cuisine plus juste, du champ à l’assiette

Au fond, ce que réclament ces grands chefs, ce n’est pas un privilège de plus pour leur profession. C’est une forme d’équilibre. Une agriculture qui puisse vivre. Des consommateurs qui puissent manger sainement. Une planète qui ne paie pas le prix fort.

La France aime se voir comme une grande nation gastronomique. Mais cette image n’a de sens que si, derrière les assiettes et les étoiles, il y a encore des fermes vivantes, des troupeaux dans les prés, des champs cultivés avec soin.

Alors oui, la France a besoin d’eux. De ces agriculteurs qui doutent, qui protestent, qui résistent. Elle a aussi besoin de ces chefs qui osent prendre la parole, sortir de leur confort, et rappeler que, sans le monde paysan, la cuisine française perdrait son âme.

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    Emma Delaunay est une experte en gastronomie. Forte d’une solide expérience dans la rédaction d’articles culinaires et l’analyse des tendances alimentaires, elle déniche pour LaPignata les dernières actualités et partage astuces et analyses gourmandes pour valoriser chaque plat dans les moteurs de recherche.

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